Né en novembre 2014, Cinewax veut créer un concept innovant autour du cinéma qui servira à la fois l’industrie cinématographique et la population locale.L’objectif est de construire un réseau de cinéclubs de quartier solidaires et innovants en Afrique de l’ouest, ayant un impact culturel, social et économique local.

Sénégalais de France Infos est allé à la rencontre de son Fondateur Jean Fall.

Bonjour Monsieur Fall. Pour ceux qui ne vous connaissent pas qui est Jean Fall?

Je suis un jeune métisse franco-sénégalais, entrepreneur culturel, et fondateur du projet
Cinewax, et de la plateforme Wax up.

 

 

Quel est votre parcours ?

J’ai effectué un cursus universitaire qui n’a rien à voir avec ce que je fais actuellement. Des
études de droit à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. J’ai toujours été attiré par l’art et
la culture, et je faisais du théâtre avec une troupe de théâtre amateur pendant mes études.

J’ai découvert mon pays et mes origines assez tard, à l’âge de 19 ans. Je n’avais jamais pu
m’y rendre avant, et à cet âge-là j’ai décidé d’y aller seul. J’ai rencontré ma famille, mon
deuxième pays, le Sénégal, et toutes ses richesses. J’ai tout de suite su que je voulais faire
quelque chose là-bas.
Après plusieurs années de voyages, c’est en 2014 que j’ai eu l’idée du projet Cinewax.
Chaque année j’apportais à mes amis sur place à Dakar ou à M’bour, des vêtements, de la
musiques ou d’autres demandes… Mais je sentais que ça ne suffisait pas, qu’il fallait créer
quelque chose sur place.
J’ai pu observer qu’il n’y avait plus de cinéma à ce moment-là, sur Dakar. Et je me suis rendu
compte qu’il s’agissait d’un problème sur tout le pays. En outre, l’accès à la culture est limité
par le faible nombre d’espaces culturels (bibliothèques, salles de spectacles,etc …) si bien
qu’on voit souvent les mêmes choses aux mêmes endroits, avec le même public.
J’ai donc imaginé ce projet.

Parlez-nous de votre association Cinewax et de ses objectifs.

Cinewax c’est un projet qui commence donc au Sénégal, et son objectif est la création d’un
réseau de salles de quartiers solidaires et innovantes.
Il s’agit de recréer des espaces de vie, qui permettent une dynamique culturelle locale et
d’offrir de l’emploi dans les quartiers populaires. Une salle accessible à tous, avec une
programmation diversifiée, tout en mettant en valeur les films africains.
A notre retour du premier voyage en 2015 au Sénégal, l’idée du projet en France est née.
Cinewax en France, fait la promotion des cultures africaines par le cinéma. Nous montrons
toute l’année des films, à travers nos programmes, des collaborations, ou
l’accompagnement d’avant-premières de films.
Depuis 2016 c’est plus de 35 événements, 9000 spectateurs, de nombreux partenariats, et
nous avons en septembre dernier dépassé les 10 000 followers sur notre page facebook
Cette année, nous lançons une base de données de films africains, pour permettre de
sauvegarder et de mettre en valeur ces œuvres.

Cinewax veut donc :
– Devenir la référence pour les films africains en France
– Développer une communauté active et solidaire autour des films africains
– Soutenir un réseau d’acteurs culturels et de festivals de cinéma
– Monter un réseau de salles en Afrique, indépendantes et solidaires.
Je refuse absolument le fait que les films africains ne soient pas considérés en France, et que
des clichés persistent sur les cultures africaines aujourd’hui en 2017.
Nous avons donc beaucoup d’ambitions !

Comment est organisée l’association ?

Nous avons plusieurs pôles qui s’occupent des différentes missions.
Un pôle programmation, qui conçoit nos programmes, recherche les films, négocie avec les
salles et organise les événements.
Un pôle communication, qui relais nos actions via nos réseaux sociaux et à travers notre
communauté.
Un pôle média, qui réalise des prises de vue sur des événements et qui travaille avec la
communication.
Ensuite nous avons des bénévoles qui soutiennent nos actions (événements, projets..). Nous
avons plus de 20 bénévoles actifs en France.
Au Sénégal, nous avons une petite équipe (3 personnes) qui développent des projets autour
des films africains (formation, événements…). Le projet de salle est toujours en cours, mais il
demande beaucoup de préparation et des fonds, raison pour laquelle nous n’en parlons pas
trop.

Quel est votre point de vue sur l’état du cinéma africain, sénégalais en particulier ?

Question piège (rires) ! C’est vraiment une question complexe et on ne peut pas y répondre en 3
phrases. Des experts ont écrit des livres entiers dessus, et je ne suis certainement pas un
expert ! Je vais donc essayer d’y répondre rapidement !
Je dirais déjà « les cinémas d’Afrique », ou les cinémas africains, car nous savons que
l’Afrique est composée de 54 pays ! 
Les cinémas d’Afrique donc, sont dans l’ensemble, en mauvais état, mais, et c’est un gros
« MAIS » c’est très relative selon les pays !
Il faut bien voir la situation des cinémas africains dans chaque zone géographique (Afrique
du Nord, Afrique centrale, etc..).

Les pays anglophones dans l’ensemble, ont mis en place des mesures leur permettant de
faire émerger un véritable public cinéma, et de faire vivre leurs œuvres locales (bien sûr les
films américains sont de rigueur en majorité, dans les salles en Afrique, mais c’est un
problème dans le monde entier).
Si on prend les cas du Nigeria, et de l’Afrique du Sud, on peut dire que Nollywood est devenu
la vitrine du cinéma africain ! Cette industrie est en phase de stabilisation, et leurs films
s’exportent désormais (en 2016 Netflix a acheté des films nigérian). La production et la
distribution se portent bien. 

Au niveau de la production, l’Etat sénégalais soutient encore très faiblement les initiatives,
et les budgets des films sont donc très restreints (le Fopica, apparu en 2014, donnait
1milliard de FCFA, [soit 1,5 million d’€] pour 29 films en 2015 – avec un retard de paiement
de presque 1 an). Or 1,5 M € c’est le budget de départ pour un film français
(non « indépendant »). Les réalisateurs et producteurs sénégalais doivent se débrouiller
avec ça.
Ainsi la seule opportunité pour les films de pouvoir se maintenir financièrement, est d’être
racheté (à l’avance) par un distributeur étranger qui diffusera ensuite le film dans les salles
occidentales, ou encore d’être vendu à des chaînes de télévision. Mais la balance dans la
négociation est inégale dès le départ, et ainsi, il y a de fortes chances pour que le réalisateur
doivent adapter son film selon les souhait du distributeur, ou de l’acheteur potentiel (une
chaîne de télévision), sans qui il ne pourra pas diffuser son film. Heureusement ce n’est pas
systématiquement le cas (Félicité, de Alain Gomis, est soutenu par des passionnés et l’œuvre
n’a pas subi de modifications du à ces raisons), mais on peut le voir souvent.
La distribution locale est aussi quasiment inexistante (vu qu’il n’y a pas de réseau de salle
pour créer des opportunités).

Il y avait plus de 90 salles de cinéma dans tout le pays. Aujourd’hui on peut en compter 5 (à
Dakar).
Beaucoup ont dit que le téléchargement et le piratage étaient les premières causes de la
fermeture des salles, mais ce n’est pas vrai.
Je sais, par mes lectures, que la fermeture des salles de cinéma dans les pays d’Afrique de
l’Ouest est lié directement à des politiques culturelles inexistantes de la part des Etat, qui
n’ont pas soutenu le secteur. Les salles ayants de moins en moins de contenu, le public s’en
est désintéressé, et ainsi elles ont été racheté et transformé en centre commerciales pour
certaines, ou laisser à l’abandon pour d’autres. Puis le coup de massue final a été apporté
par les évolutions technologiques (DVD, puis ensuite cinéma numérique) face auxquelles les
salles n’ont pas pu s’armer.
Le cinéma est une industrie qui requiert une organisation et des financements. C’est aussi un
métier de passionné qui demande un minimum de savoir-faire. Ainsi, les politiques de l’Etat
doivent être adaptés à ces prérequis. Il ne suffit pas de financer les productions de films.
Aujourd’hui de nouvelles initiatives fleurissent, espérons que l’Etat suivra la cadence.

[Si le lecteur veut approfondir le sujet je conseille de lire les œuvres de Olivier Barlet, et de
Claude Forest ; deux spécialistes des cinémas d’Afrique. Suivre aussi la revue Awotele]

Quels sont les points positifs du cinéma sénégalais ?

De nouvelles initiatives privées, des films en cours de production. Une jeunesse sénégalaise
qui se forme et qui s’intéresse au 7 e art.
La fracture technologique n’est plus si importante aujourd’hui. On peut faire un film avec un
bon smartphone. Le problème principal reste la formation. Il n’y a pas d’école de cinéma au
Sénégal. Mais les jeunes ont accès à internet, et beaucoup de ressources sont disponibles
aujourd’hui. Cependant, il vient un moment où une formation professionnalisante et de
qualité est nécessaire.
Je vois en tous cas que des séries majeures émergent au Sénégal, et c’est un bon point. Ca
motive la jeunesse à trouver des solutions. Mais ce n’est pas du cinéma encore.

Quelles sont les réalisations de Cinewax et quels sont vos futurs projets ?

Pour le moment nous nous concentrons sur la mise en œuvre de la première salle de notre
réseau au Sénégal.
Nous envisageons comme expliqué plus haut, de créer une base de données de films
africains, afin de permettre à ces œuvres d’être vue, et de créer des opportunités pour elles.
En France, nous voulons continuer de réaliser des événements et des partenariats, pour
créer un véritable communauté autour des cinémas africains, et qu’on puisse envisager des
sorties régulières de films africains qui soient connues du grand public dans quelques
années.
On n’entend pas régler les problèmes structurels des industries du cinéma africaines, qui est
de l’ordre de l’intervention de l’Etat, mais on espère pouvoir faire avancer les choses.

D’après vous, la communauté africaine en France est-elle réceptive aux films africains diffusés dans les salles ?

Oui et non. Une partie de la communauté africaine est sensibilisée au fait d’aller voir des
films, et est réceptive. Une autre partie est encore insensible, ou n’a tout simplement pas
l’information.
Certaines diasporas n’ont pas de cinéma dans leur pays depuis plusieurs années (Congo,
Côte d’ivoire, Sénégal…) et n’ont donc tout simplement l’habitude de voir des films
« africain » au cinéma. Il faut considérer l’aspect culturel dans ce travail, et être conscient
des habitudes de « sortie culturelle » de ces différentes diasporas.
Il y a encore une grande influence des films américains et afro-américains, qui ont des codes
très différents des films africains que l’on peut trouver. Ainsi le public a moins d’intérêt pour
ces films, qui sont encore considérés soit comme des « films nollywood » soit des « films
indépendants ».
Notre travail avec Cinewax, est de rendre accessible cette informations et de permettre aux
films africains d’être vus.
Mais bien sûr, on ne veut surtout pas s’adresser qu’aux communautés africaines, et pour
nous les cinémas d’Afrique doivent être accessibles à tous. Qu’on les considère au même
niveau de qualité et d’intérêt que tout autre film (ou plus !).
Il y a encore énormément de travail à faire à l’échelle nationale.

Quelles sont vos connexions avec le Sénégal ?

Nous avons collaborés avec beaucoup de structures localement (association, écoles, etc..) et
nous sommes au courant de ce qu’il se passe au niveau du cinéma. Je me tiens très au fait de
ce qui se fait dans la culture, et j’ai hâte d’y retourner rapidement.
Nous avons actuellement un projet en cours sur place que l’on va bientôt annoncer

Le mot de la fin ?

Les cinémas d’Afriques ont de longs jours devant eux et je suis plus que jamais convaincu de
la nécessité de nos actions !
La culture est bien plus importante que la plupart des gens le pensent, elle est nécessaire à
l’épanouissement personnel, et au fonctionnement et au bien-être des sociétés.
Il faut faire très attention à l’uniformisation culturelle.
Enfin, suivez Cinewax et nos actions sur notre page facebook !

 

Pour les joindre:

Adresse : 2 rue Paul Langevin, 94120, Fontenay-Sous-Bois

Téléphone: 33 06 78 61 81 40 / +221 77 855 94 34

Mail: infos@cinewax.fr 

 
 

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