« Je suis française depuis le mois de juin 2016 (…)Une grande partie de ma famille réside au Sénégal »

Son prénom évoque les reines combattantes de la Casamance. La légende familiale veut que sa mère l’ait découvert en lisant le quotidien national le Soleil. Aujourd’hui lancée dans la bataille de l’élection présidentielle aux côtés d’Emmanuel Macron, la Franco-Sénégalaise Sibeth NDiaye gère les relations presse du candidat.

Vous avez votre carte au Parti socialiste depuis 2002, vous avez milité à l’Unef quand vous étiez étudiante, quel a été le déclic de votre engagement politique ?

 L’engagement dans le syndicalisme étudiant vient de mon envie de changer les choses de manière concrète. Quand vous êtes élue étudiante, dans le conseil d’administration de votre université, vous avez l’opportunité de mener des projets, de négocier avec l’administration des changements et des évolutions qui changent concrètement  la vie des étudiants. C’est cela qui m’a passionnée. La politique, c’est venu plus tard avec l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, en 2002.

Comment avez-vous rencontré Emmanuel Macron et quelle a été votre première impression ?

Je l’ai rencontré pour la première fois à l’Elysée. Il était secrétaire général adjoint, et je travaillais pour Arnaud Montebourg. Il était d’un abord agréable, avec beaucoup d’humour. Mais je n’ai pas eu à l’époque l’occasion de travailler avec lui.

Quand Emmanuel Macron a annoncé la création de son mouvement, vous a t’-il immédiatement proposé de le rejoindre ? Avez-vous eu des réticences à rejoindre en Marche après avoir été si longtemps au PS ?

À cette période, je travaillais au sein de son cabinet et il avait souhaité séparer strictement les activités d’En Marche ! de celles du cabinet. Je n’ai su que le mouvement allait être lancé que la veille du 6 avril…

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce mouvement ?

La volonté de transcender les clivages existants, la tentative audacieuse pour essayer autre chose, et le sentiment que ça ne pouvait plus continuer comme avant, que les appareils existants ne réfléchissaient plus sur le monde et ses évolutions.

Vous avez travaillé auprès de différents hommes politiques dont Claude Bartolone, Dominique Strauss Kahn… Qu’est ce qui fait la singularité d’Emmanuel Macron selon vous ?  

La première fois qu’il a réuni son cabinet, il nous a dit une phrase qui m’a marquée : « Ne venez jamais me dire qu’on ne peut pas faire telle ou telle chose parce qu’on ne l’a jamais fait auparavant. » C’est quelqu’un de très libre et qui cherche en permanence à questionner le monde.

Nous partageons aussi un amour de la langue française et en particulier de la poésie. Je me rappelle toujours avec émotion qu’au décès de ma mère, il avait eu la délicatesse de m’offrir un livre de Roland Barthes, Journal de Deuil. Il m’a servi de livre de chevet pendant de longs mois.

On dit que vous êtes bien plus qu’une chargée des relations presse, que vous êtes une vraie conseillère et qu’il vous écoute beaucoup. Quel est votre rôle auprès de lui ?

Je travaille au sein d’une équipe. Dans cette équipe, chacun contribue par son regard, son parcours, ses idées, à le conseiller. Il apprécie de pouvoir bénéficier de points de vue différents, parfois divergents. C’est ce qui nourrit sa réflexion propre. Mais à la fin, il est celui qui tranche.

N’avez-vous jamais envisagé de vous lancer en politique ? Si Emmanuel Macron est élu Président quel serait votre rôle auprès de lui ?

Mais je suis déjà engagée politiquement ! Cette campagne occupe mes jours et mes nuits depuis plusieurs mois. Etre élu n’est pas l’alpha et l’omega de l’engagement politique… Quant à mon rôle futur auprès d’Emmanuel Macron, c’est à lui de vous le dire, pas à moi.

Vous êtes née à Dakar, quel est votre lien avec le Sénégal ? Avez-vous la nationalité française et depuis quand ?

Je suis française depuis le mois de juin 2016. J’ai mis beaucoup de temps à me décider (rires). Une grande partie de ma famille réside au Sénégal, en particulier l’aînée de mes 3 sœurs. Les autres vivent dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, au Togo, dont est originaire ma mère, et au Nigéria. Nous sommes plutôt des globe-trotteurs !

Vous pourriez être un modèle pour les jeunes femmes d’origine africaine qui hésitent à se lancer dans le milieu politique, que souhaitez-vous leur dire ?

Je ne me vis pas du tout comme un modèle. Ma carrière professionnelle s’est surtout construite autour de belles rencontres, avec des gens qui ont su me faire confiance, et j’ai toujours essayé d’être digne de cette confiance. Cela me pousse à penser qu’il suffit de tomber sur la ou les bonnes personnes, celles qui ne voient pas votre couleur de peau, votre origine sociale ou votre seul parcours scolaire, pour que tout change.

Si j’avais un seul souhait, c’est que mon parcours démontre à tous ceux qui sont susceptibles d’embaucher ou de mettre le pied à l’étrier d’un jeune homme ou d’une jeune femme, que ce qui compte c’est d’abord la personnalité et l’envie de faire.

Jeune Afrique

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